Si l'aspiration spirituelle est née, comme je le crois,
à l'instant du premier souffle humain,
les chamans sont probablement les plus vieux mystiques du monde,
ils furent en tout cas les plus lointains de nos pères
à s'être risqués dans les infinis labyrinthes de la Création,
sans autres armes que le coeur, l'esprit, les sens
et cet indomptable désir de découverte qui nourrit, depuis la nuit des temps,
la vigueur de la vie.
Tandis que d'autre qu'eux, écrivaient nos bibles
et traçaient les chemins de l'histoire des hommes,
ils n'ont cessé de s'aventurer à l'extrème bord du visible,
de flairer là d'autres présences vivantes,
de tendre la main à des êtres supposés, sans chair solide,
sans langage connu, et de risquer le pied sur leurs domaines obscurs,
au risque de s'engloutir dans le néant.
Ils en sont revenus avec des amitiés étranges et rudements gagnées,
des descriptions précises, quoique invérifiables,
et des pouvoirs incongrus mais assez sûrs pour imposer silence à la raison.
Aux enfants intrépides qu'ils sentaient habités par cette maudite grâce
à rêver sans cesse plus haut que le front ils ont appris, de bouche à oreille,
ce qu'ils avaient découvert
et ils les ont guidés sur les chemins aventureux de la connaissance.
D'eux sont nés des lignés d'hommes
maîtres dans l'art de voir ce que l'oeil ne voit pas,
capables de guérir les maux de leurs semblables
et d'échanger des forces et des savoirs secrets
avec l'esprit des rocs, des bisons, bref, de tout ce qui vit.
(Henri GOUGAUD)